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Je raconte! « into the wild » Partie #2

Vendredi 8 Avril
Stampede Road- Vers l’autobus

À ce moment, j’enlève mon sac, je me laisse tomber dans la neige et un flot de larmes émerge de mes yeux. Amotz sort son harmonica en silence sans aucun mot pour accompagner cet instant. Il commence à jouer, je ne peux plus m’arrêter de pleurer devant un tableau aussi magnifique. Je laisse le temps à mon esprit pour reprendre le dessus. Je m’arme de tout le courage nécessaire et l’on continue. On marche, on marche, on marche. Tout ce que je me répète et ce à quoi je pense, c’est la douleur, j’ai mal. Soudain, Amotz me dit :« Je crois qu’on devrait dormir ici et continuer le chemin demain. »Je suis déçue, je voulais tellement arriver avant la nuit. Je fais quelques pas de plus, et l’autobus se dresse devant moi. Je saute de joie, toute la douleur s’envole laissant place à un sentiment d’euphorie total. Je l’ai fait, moi! J’ai peine à croire que j’y suis, je suis là où j’ai rêvé pendant plusieurs années d’être.

« Two years he walks the Earth. No phone , no pool, no pets, no cigarettes. Ultimatefreedom. An extremist. An aesthetic voyager whose home is the road »

À l’intérieur du bus, des centaines de messages de liberté, de passion, de gens venus des 4 coins du monde pour accomplir ce pèlerinage. Un carnet est là, rempli de messages adressés à Chris. C’est désarçonnant de voir autant de gens qui, comme moi, se sont dépassés. Je me rends compte que c’est un lieu de pèlerinage pour tous. On passe tous par la même gamme d’émotions. C’est rassurant, on se sent moins seul et plus proche de tous les gens qui sont passés là avant nous. Sur le lieu de l’autobus, on retrouve plusieurs articles de plein air. Les gens prennent soin de penser aux autres, ainsi, on y a retrouvé : sac de couchage, pâtes alimentaires, bombonne de réchaud et mitaines. Après le passage de Chris, les gens ont continué de venir y porter tout l’amour qu’ils possédaient; l’entraide est palpable, c’est indescriptible le sentiment qui m’habite au moment de visiter ce lieu mythique. Nous prenons notre photo respective sur la chaise en face de l’autobus 142 : on est fiers. Un bon repas de riz qu’Amotz prépare nous attend. Je tente de reprendre des forces, mais la fatigue prend le dessus. Je tremble, ce n’est pas bon signe, la peur revient. On se met au chaud et l’on s’enroule dans nos sacs de couchage. Après 12 heures de marche, on s’endort sous le ciel étoilé de l’Alaska.

Samedi 9 Avril
Stampede Road – Retour de l’autobus 

L’insomnie m’a encore gagnée cette nuit…Je ne peux pas m’empêcher de greloter. Je suis étendue dans le lit, j’admire les messages inscrits sur les murs du bus et j’ai peur. Mes jambes sont dans un état lamentable et nous avons devant nous 40 kilomètres à faire, dans quelques heures. « Comment vais-je faire ça? Comment vais-je y arriver? Où vais-je trouver la force? » Le réveille-matin m’extirpa de mes pensées. Il est à présent 5 heures, une deuxième courte nuit de repos. Nous devons partir rapidement, car le soleil fait fondre la neige et ça deviendra un problème majeur. Après quelques bouchées de pain et de céréales, nous faisons nos adieux à Supertramp et son refuge. Je prends le temps d’inscrire mon nom, suivi de la citation suivante : « L’importance de savoir tomber! La vie est une longue chute. Le plus important est de savoir tomber.»

La marche reprend de plus belle, mes jambes se réchauffent tranquillement au rythme de mes pas, mais la douleur reste toujours présente. Amotz me garde motivée, car à 11 h 30 nous devons être à la rivière, c’est notre objectif de la journée. Je profite de chaque pause pour me donner du courage, car chaque pas que nous faisons sur la glace est un calvaire. Les pieds mouillés depuis déjà plus de 12 heures, il reste encore beaucoup de chemin à faire, mais je reste concentrée, il le faut. Je sens le vent se frotter contre mon visage, j’entends les oiseaux chanter l’arrivée du printemps. D’un côté, le soleil qui brille et de l’autre, les nuages qui nous menacent.

De retour à la rivière, nous sommes dans les temps. Cette fois, on y va avec nos souliers. On prend moins de précautions, notre niveau de patience diminue d’heure en heure. Amotz y va, il traverse et il réussit. À mon tour, je me répète « Tu l’as fait, tu peux le refaire. Tu es capable. Ne tombe pas! » Mais la douleur et le stress restent les mêmes. Dans ma tête, tout va très vite : « Pourquoi suis-je ici? Dans quel bordel me suis-je embarqué? J’ai peur, je ne veux pas me noyer! » J’atteins la rive au bout d’une dizaine de minutes. On se fait un chocolat chaud et là, Amotz engage la discussion typiquement un homme silencieux. Je sais que tous ces silences sont seulement un blocage dû à notre différence de langue. Il semble contrarié, comme si quelque chose le dérangeait : ma douleur le dérange, il se sent mal pour moi. Je le rassure, on va y arriver, on n’a pas d’autre choix! On repart, on essaie de ne pas trop s’arrêter. Plus les heures passent, plus je me rends compte de la persévérance dont je fais preuve. Cette randonnée n’était pas seulement pour aller prendre ma photo à l’autobus, non! Pour moi, ce fut un pèlerinage. Un moyen d’en apprendre plus sur moi, d’apprendre à pardonner mes erreurs du passé et en apprendre plus sur mes capacités. J’étais complètement perdue dans mes pensées, lorsqu’Amotz s’arrêta et me dit : « Si je me souviens bien, on monte cette côte, le stationnement devrait être là et il nous restera seulement 1 heure pour atteindre le réseau cellulaire ».

Je suis remplie d’excitation : ce soir, je vais pouvoir dormir dans un lit, prendre une douche! L’énergie qui me manquait venait tout juste de se pointer le bout du nez. C’était la bonne nouvelle dont j’avais besoin pour continuer. J’atteins le haut de la colline et j’aperçois Amotz qui parle avec un homme. Une femme dans la trentaine, avec dans ses mains un magnifique bébé de 3 mois, s’approche de moi et elle me dit : « Auriez-vous besoin qu’on vous dépose quelque part? » À ce moment, des larmes se mettent doucement à couler sur mes joues. Elle me regarde, elle plonge son regard dans le mien, puis le silence…Elle comprend, puis me sourit : « Alors, vous l’avez fait, vous êtes allée voir Chris ». Je reste sans mot, je suis bouche bée et mon sourire parle de lui-même. Je reprends mon souffle : « Oui, j’ai réussi! Moi, Roxanne Regimbald, je l’ai fait! J’ai marché 80 kilomètres.»

C’est dans un camion Chevrolet que mon aventure se termina. Je regardais les montagnes défiler par la fenêtre et un sentiment d’accomplissement est venu m’envelopper, laissant la douleur dernière. Les larmes laissèrent place à un sourire. Cette nuit-là, le sommeil est venu me chercher en un claquement de doigts, je m’endormis la tête pleine de souvenirs.

La première partie ici.

« Face à la roche, le ruisseau l’emporte toujours, non pas par la force, mais par la persévérance.»

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13 commentaires

  1. bon cela manque de photos tout ca …. mais purée ce que c’était émouvant à lire !!! cela m’a prit aux tripes !!!!! et cela me donne encore plus envie d’y aller !!!! FELICITATION !!!!

  2. Bonjour toi,

    Très sympa ton blog. Grâce à toi j’ai découvert cette hike vers le bus de « Into the wild »… A rajouter sur ma liste de lieux ou aller. Ton article m’a rappelé moi aussi des nuits en trek à ne pas réussir à dormir à cause du froid, la neige qui fond et nous laisse progresser dans un marécage impraticable… Mais aussi la beauté presque insoutenable des montagnes enneigées et des petits pas des animaux.
    Bonne continuation pour le reste de ton voyage !

    • La beauté des lieux nous fait oublier la douleur quand on repense à nos aventures! J’espère qu’un jour tu auras toi aussi la chance de pouvoir faire ce trek.

  3. C’est incroyable! A te lire je ressens l’emotion, la fatigue, le froid et la fierte. Merci beaucoup de nous avoir fait partager une si belle experience. 40km par jour cela semble impossible et pourtant j’aime marcher… Nous serons en Alaska fin mai avec 2 amis et, si le niveau de la riviere le permet, on aimerait faire la randonnee du Stampede. J’aurais beaucoup de questions si tu le permets!

    • Nous avons marché avant d’arriver sur la trail officiel, c’est pourquoi on a marché 40km. On a fait plus de 12h de marche ! Je vais bientôt sortir un article où je parlerai en profondeur du trek alors si après tu as des questions sa me fera plaisir de te répondre!

  4. C’est impressionnant la façon tu retranscris ton aventure, je me crois dans un film ! Merci pour ce partage et bravo ton courage suscite l’admiration ! ?

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